Distri brico et jardin : première messe commune
La Fédération des jardineries et animaleries de France organisait le 9 octobre les premières rencontres du marché du jardin, en partenariat avec la Fédération cousine des magasins de bricolage (FMB). Une matinée au Morning, à Paris, avec quatre conférences* entrecoupées de collations et de networking, le tout finissant sur un rooftop autour d'un cocktail déjeunatoire. Une première et une réussite où l'on a appris que les GSB vendait mieux le jardin quand il faisait chaud !
Il fallait voir se croiser dans un même lieu Paul Cassignol (Pdt FMB et adhérent Mr Bricolage), Emmanuelle Marvie (Pdt Jardineries Animaleries de France et adhérente Villaverde), Hervé Onfray (Teract), Fabio Rinaldi (Mr Bricolage), Florence Valcke (Botanic), Nicolas Boulay (Botanic) Lilian Roussel (Lamaison.fr), François Le Meauf (Truffaut), Stéphane Rosa (Villaverde), Lionel Richardot (Villaverde) Ninette Karam (Bricomarché), on vous en passe et des meilleur(e)rs etc. Rien de choquant au final, car ces enseignes vendent toutes du jardin et certains de leurs dirigeants cités, qui œuvrent dans le jardin, ont un passé dans le bricolage. En un mot, on était en famille.
Les GSB profitent de leur fraîcheur
Une famille qui a écouté Alaric Desbant, chargé d'études à la Fédération de la jardinerie, rappeler les chiffres douloureux à fin août. Enfin, douloureux… pas pour tout le monde : sur une baisse générale des ventes de jardin de -1,4 %, les jardineries/Lisas s'écroulent à -4,9 %, les GSA reculent de -1,7 %, tandis que les GSB surperforment à +2,6 %. La canicule a gardé les clients à l'écart des serres surchauffées des jardineries, tandis que le désir de clim et de piscines a poussé les clients dans les fraîches GSB. C'est donc là que les clients ont fait leurs emplettes de jardin, essentiellement tournées vers l'aménagement extérieur et la catégorie « Loisirs au jardin », qui a connu une croissance de +24,5 % sur les huit premiers mois de l'année. Ces loisirs incluent notamment les piscines, les portiques (aires de jeux) et le mobilier de jardin (produits d'ombrage, transats).
L'AMEX fait la loi
Les jardineries/Lisas accusent une forte baisse sur ce rayon et, au final, sur les 2,2 Md€ rapportés par l'aménagement et la décoration du jardin (en croissance), les GSB en ramènent à elles seules 1,4 Md€. Côté végétal, le secteur est en baisse de -3,2 % sur ces huit mois, à 1,5 milliard d'euros (la moitié du chiffre d'affaires est signée par les jardineries/Lisas, contre seulement 3 % pour les GSB). Malheureusement, le végétal extérieur et le potager ont souffert, et même le végétal intérieur d'ailleurs. La floristerie (fleurs coupées) est en hausse de +4,1 %, tirée par les GSA (+6,6 %), reflétant une recherche de produits de grande consommation plus abordables. L'entretien du jardin est en baisse de -3,1 %, mais rapporte toujours 2 Md€, avec des GSB qui progressent… L'étude a rappelé le contexte d'un marché sous tension et a révélé les différences de comportement des consommateurs selon leur âge dans une telle situation . Ainsi apprend-on que les deux tiers des 25-34 ans ont acheté des plantes ou des produits de jardin, ce qui souligne l'importance de cette tranche d'âge. Ces jeunes achètent pour aménager, décorer, profiter du jardin (convivialité), tandis que les plus âgés sont clients de l'entretien : tonte et autres traitements du jardin. Comme c'est la terrasse qui a prévalu cet été, cela explique les meilleures ventes chez les jeunes. Les acteurs de ce baromètre, à savoir Alaric Desbant et Juliette Lauzac pour la FMB, ne proposent pas encore de mesure de l'activité d'enseignes comme Lidl ou Action, ni de suivi précis des ventes de jardin en e-commerce. Mais sur ce point, les chiffres de l'ECDB cités récemment dans notre article sur la biennale du Secimpac pourraient nourrir le tableau de bord du baromètre brico-jardin.
*Outre la conférence de Matthieu Jolly sur l'IA (lire ci-dessous) et la présentation des chiffres par Alaric Desbant, les Rencontres ont donné la parole à l'Obsoco et à Allianz sur Consommer à la veille de 2027 pour le premier et sur la géopolitique mondiale pour le second- Nous aurons l'occasion d'y revenir
L'IA et le commerce brico-jardin, entre raison et émotion
Matthieu Jolly (Seenapse) a proposé une conférence autour de « l'agentic commerce, le buzz… et après ? ». Après avoir rappelé que le commerce agentique consiste en un « envoi proactif de messages aux consommateurs, potentiellement sans effort humain », il a expliqué que la véritable révolution réside dans la combinaison de cette intelligence avec l'IA prédictive et l'IA générative. On a compris que l'agent qui achète de manière autonome, en prenant des décisions à la place de l'utilisateur, rend le conférencier sceptique « en raison du manque de confiance et de la qualité variable des recommandations ». En revanche, il est probable que ces agents se développent en back-office, au cœur même de l'entreprise. Matthieu Joly donne l'exemple de Battery Plus (États-Unis), qui dispose d'agents pour la gestion des appels clients, l'assistance aux vendeurs en magasin, et même la qualification des futurs franchisés.
Selon lui, 70 % de l'innovation en IA est interne (optimisation des coûts, bottom line) et 30 % est tournée vers le consommateur. En France d'ailleurs, 54 % des Français sont prêts à rechercher des informations sur un produit via un LLM (IA) et seulement 17 % sont prêts à acheter directement via un LLM. Le chercheur conclue en estimant que la survie des entreprises passera par la raison dans la gestion, en utilisant l'IA comme un outil puissant, et par l'émotion, en créant des préférences de marque. S'il existe des enseignes de café gérées par IA, Starbucks lui reprend des couleurs en faisant le contraire, à savoir en recréant le concept de « tiers-lieu », où l'on peut prendre son temps et se brancher ; la Maif a créé, elle, un social club, etc. Matthieu Joly rappelle que les nouvelles générations (Gen Z, Alpha) expriment d’ailleurs le désir de retourner en magasin.