Salon du végétal : Producteurs : bouger ou disparaître !
Voici tous les échos du salon du Végétal avec son lot cette année de nouveautés , de tendance et de rapprochements à tout va. L’édition 2026 du Salon du végétal a fermé ses portes sur un constat positif avec 8000 visiteurs, soit une augmentation de +7 % par rapport à l’édition précédente. L’ambiance était relativement bonne malgré une conjoncture difficile. Mais, fait remarquable, la baisse du nombre de producteurs présents ! Face à l’adversité, la filière évolue et s’adapte.
L’année n’a pas été facile pour la production. « Les canicules et les restrictions que nous avons subies pour la gestion de l’eau ont provoqué des pertes de production, constate Michel Nicou, directeur général d’Hortival Diffusion. Sans oublier l’inflation qui touche les intrants. C’est pareil partout en Europe sauf en Angleterre ! »
Par ailleurs, la profession reste toujours pénalisée par son individualisme tant dans la production que dans la logistique. La région ouest est aussi grande que la Hollande, mais la logistique est toujours aussi morcelée. Il existe des plateformes comme Unité, mais trop de producteurs estiment qu’ils font mieux par eux-mêmes… Le contexte économique est également tendu. « Il n’y a pas de prix de référence, regrette et producteur. Donc, nous ne pouvons pas anticiper nos rentrées ! D’autant que, souvent, la distribution se sert du prix bradé par l’un d’entre nous qui se retrouve face à un surplus qu’il écoule à n’importe quel prix ! »
Les consommateurs ont aussi du mal à suivre, pas toujours aidés par des présentations de végétaux en magasins parfois surannées. Certains enseignes proposent des mises en scène. Des tendances sont élaborées chaque année, mais trop peu de producteurs les suivent.
Face à cette situation compliquée, la production se réorganise pour survivre. Cela devient une obligation quand le nombre de producteurs a été divisé par 6 en quarante ans ! Aujourd’hui, la moitié d’entre eux ont disparu.
Mais les choses bougent de manière positive.
Cela passe par des rapprochements, comme les Pépinières Desmartis qui rejoignent la SICA Kerisnel, ou des rachats d’entreprises, comme Cerdys qui arrive dans le giron d’Hortival Diffusion. D’autres allègent leur structure comme Fleuron d’Anjou, aussi propriétaire de Taugourdeau, qui fusionne ses équipes commerciales et met en avant une seule marque : Fleuron. D’autres entreprises mettent leurs capitaux en commun au sein d’un holding pour changer de taille, comme Ernest Turc et Ferme de Sainte Marthe, chaque entreprise conservant son identité. L’aventure Silence, ça pousse !, pilotée par Hortival Diffusion, fête ses dix ans cette année, en surfant toujours sur le succès. « En assisté, son taux de notoriété est de 85 %, annonce Emmanuel Bouchart, qui gère la marque chez Hortival Diffusion. Et elle concerne toutes les tranches d’âge ! » Toutes les familles de produits nécessaires au jardin, ou presque, sont maintenant réunis sous cette bannière.
Nouvelles voies
De nouvelles voies sont aussi tentées comme Qui fait quoi ?, un site Internet de vente directe aux particuliers. Lancée par quatre « jeunes repreneurs » d’entreprises familiales, l’idée est de démocratiser le jardinage alors que la transmission des savoir-faire entre générations se fait rare au fil du temps. Son objectif est aussi de valoriser la production française et ses savoir-faire. Comme le dit l’une d’entre eux : « si nous ne bougons pas, nous allons disparaître ! »
Desmartis avec Kerisnel : les boss s'expliquent !
Les Pépinières Desmartis et la SICA Kerisnel se connaissent bien pour avoir déjà travaillé depuis de nombreuses années sur l’innovation variétale. Les deux entreprises franchissent un pas supplémentaire avec l’arrivée de Desmartis au sein de la SICA. « Cette convergence est fondée sur la complémentarité de nos expertises, de nos savoir-faire et de nos offres respectives, commente Mikaël Moal, président de la SICA Kerisnel. Nos gammes sont aussi complémentaires. Autant d’éléments qui constituent des leviers essentiels face aux évolutions du marché. » Kerisnel est fort en plantes en conteneurs quand Desmartis joue plutôt la pleine terre. Une démarche qui offre aussi à Kerisnel une plateforme supplémentaire pour approvisionner le Sud-Ouest et le Sud-Est. « Cela nous permet également d’élargir la disponibilité des végétaux dans le temps grâce à des conditions de production différentes entre la Bretagne et nous, ajoute Patrick Chassagne, gérant des Pépinières Desmartis avec Dominique Auduy. Nous rationaliserons au mieux la logistique en mutualisant les coûts et les compétences. » Et, peut-être développer la VPC, Desmartis disposant d’un centre d’expédition efficace créé du temps de Plantes & Jardin, un site Internet aujourd’hui repris par Teract et qui fonctionne toujours. Cet accord permet également à Kerisnel l’accès à l’univers des Pépinières et Roseraies Georges Delbard. Desmartis a, en effet, acquis en 2019 la licence de marque Delbard pour la France. « Delbard assure la sélection variétale et la production de jeunes plants ; nous, nous les faisons pousser avant de les commercialiser », précise Patrick Chassagne. Un plus pour la SICA qui commercialisera tous les autres végétaux sous la marque Kerisnel. La SICA regroupe 30 producteurs pour 350 ha et 12 000 références végétales quand Desmartis, installée sur 300 ha, dispose de 65 ha de serre et 100 ha de pleine terre avec 4 500 arbres et arbustes disponibles. Face à une distribution un peu à la peine et à des consommateurs qui marquent le pas, Kerisnel élargit son offre pour, avec cette complémentarité de production, apporter des réponses toujours plus adaptées aux besoins de distributeurs, des paysagistes, des collectivités et des consommateurs. « Notre ambition à long terme, ajoute Mikaël Moal, est de rassembler des producteurs et des expertises complémentaires pour construire une filière horticole français toujours plus forte en préservant la diversité de ses savoir-faire, gage de qualité. »
Qui fait pousser ou comment recr&éer du lien avec les jardiniers
Alors que seulement 40 % des végétaux achetés par les particuliers sont produits en France, quatre producteurs nationaux –Ernest Turc, Pépinières Renault, Maison Barrault et Javoy Plantes- ont décidé de relever le défi en lançant Qui fait pousser ?, une plateforme dédiée à la vente de plantes et de fleurs directement aux particuliers. Originalité du projet : il est porté par trois femmes et un homme, tous dans la quarantaine et tous repreneurs d’entreprises familiales après avoir vécu d’autres expériences professionnelles. « L’idée nous est venue lors d’échanges sur le salon IPM où nous étions présents, confie Julie Renault. Nous voulons raconter directement aux particuliers l’histoire des plantes que nous produisons sur nos entreprises basées en France. Ce contact direct nous est nécessaire car aucun d’entre nous n’a de boutique sur son exploitation. » Le site, très travaillé et riche en informations et en conseils pour guider l’acheteur, propose quelque 14 500 variétés. Un choix difficile à trouver en magasin…
Ces entreprises sont labellisées Fleurs de France et Plante Bleue niveau 3.le site propose des bulbes et graines florales, des arbustes, des plantes vivaces, des plantes grimpantes, des petits fruits, des légumes, des plantes aromatiques et des plantes vertes, tous produits en France à l’exception de quelques bulbes. À eux quatre, ces producteurs, qui emploient 300 collaborateurs, représentent 300 ans d’existence et 30 millions € de CA. « Notre intention n’est pas de venir en concurrence des magasins ni de brader nos plantes, mais de retrouver de la marge afin d’assurer la pérennité de nos entreprises, précise Claire Barrault. La rémunération sera plus équitable puisque 50 % du prix de vente revient directement aux producteurs, soit 20 % de plus que dans les circuits traditionnels. » La logistique sera assurée par Ernest Turc qui dispose d’un entrepôt qui fonctionne surtout en décembre-janvier et en juillet-août. « Nous voulons redonner de la visibilité à la diversité du végétal produit sur notre territoire tout en valorisant le savoir-faire horticole français, affirme Julie Renault. C’est une réponse capable de renforcer durablement l’attractivité et la compétitivité de la filière. » Ces quatre « jeunes producteurs » ont lancé leur site lors du salon du végétal. C’est un nouveau métier pour eux, mais ils ont la volonté de faire bouger les lignes et de pérenniser leurs entreprises. Une expérience à suivre.
Cerdys rejoint Hortival
Que faire quand l’âge de la retraite sonne pour des propriétaires d’entreprises ? La question s’est posé aux trois associés de Cerdys, producteur de vivaces, de plantes aquatiques, de plantes grimpantes et de petits fruits et troisième acteur de l’horticulture française. Dans leur volonté de faire perdurer leur structure, ils voulaient céder l’entreprise à des acteurs locaux. C’est Hortival Diffusion, filiale de Terrena, qui est le repreneur. « Les synergies sont évidentes, constate Michel Nicou, directeur général d’Hortival Diffusion. Nous voulons conforter une filière horticole française soumise à une forte pression concurrentielle venant de l’étranger. » Les activités des deux entreprises sont complémentaires. Ce rapprochement permet d’élargir l’offre destinée à la distribution tout en optimisant les capacités logistiques et commerciales des deux entités. L’opération donne naissance à un des principaux acteurs français du végétal d’ornement avec un CA cumulé d’environ 60 millions €. « Notre volonté est de maintenir la vitalité du bassin horticole angevin, poursuit Michel Nicou. Nous avions déjà, par le passé, racheté Sicamus, un producteur de jeunes plants. Nous avons besoin que tous les maillons de la chaîne de production restent solides et efficaces. »
Des nouveautés végétales
Hortival Diffusion va commercialiser un pêcher (Prunus persica Golden Caesar) hautement tolérant aux maladies, dont la cloque, et très résistant à la chlorose et à la sécheresse. La récolte se fait en septembre.Il a reçu une médaille d’or au concours Innovert. Autre médaillé d’argent, la gamme de platanes Endura résistant au chancre coloré (Ceratocystis platini) sélectionnés par l’INRAE et mise en marché par Sapho. Deux variétés sont aujourd’hui disponibles. Le Sapin de Noël du Morvan a maintenant son IGP (Indication géographique contrôlée) qui valorise les producteurs français de sapin Nordmann et Nobilis et d’épicéa. Elle impose une certification Plante Bleue, un enherbement des tournières et l’abandon des engrais minéraux et des produits phytosanitaires de synthèse.