Le BHV Marais s'effrite (même au sous-sol)... en attendant des marques

, mis à jour le 04/06/2026 à 16h03
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bhv vacille

« Rendez-vous en juin pour découvrir nos nouvelles marques. » Depuis plusieurs mois, cette promesse s’affiche dans les allées du BHV Marais. Pourtant, alors que le mois de juin débute, les espaces vacants restent nombreux, alimentant les interrogations des salariés comme des clients sur la viabilité du projet et, plus largement, sur la pérennité même du magasin.

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RV juin
La direction évoque désormais une fin des travaux à l’automne, mais les panneaux affichent toujours une promesse de juin qui ne sera finalement pas tenue, alimentant les interrogations des salariés comme des clients sur la viabilité du projet et, plus largement, sur la pérennité du magasin. 

« Bazar au sous-sol du BHV : le brico réduit mais sauvé ». C'est ainsi que nous titrions le 19 février dernier après le rachat du grand magasin parisien par le fonds d'investissement canadien Brookfield. Quatre mois plus tard, le chantier promis tarde toujours à se concrétiser. Une situation qui soulève des interrogations sur la capacité du projet porté par Frédéric Merlin, président de la Société des Grands Magasins (SGM), à redonner un souffle durable à cette institution parisienne qui fête cette année ses 170 ans. D'étage en étage, le constat est le même : de larges panneaux noirs masquent des espaces fermés au public. Sur les 40 000 m² exploitables du BHV Marais, près de 40 % des surfaces commerciales doivent être réaménagés dans le cadre du vaste programme engagé par la nouvelle direction. L’objectif est de transformer progressivement ces espaces en surfaces concédées à des enseignes partenaires. Les marques y exploiteraient directement leur activité en contrepartie du versement d’un loyer à Brookfield. 

Ce modèle est déjà en place avec Lapeyre au sous-sol ou encore Boulanger aux deuxième et troisième étages, des espaces auparavant exploités en propre par la SGM. À terme, le BHV évoluerait ainsi vers une plateforme multi-enseignes, sur le modèle d’un centre commercial premium, reposant sur une multiplication de partenaires spécialisés. Au rez-de-chaussée, la recomposition se poursuit dans la même logique. La librairie, récemment transférée du deuxième étage, devrait voir sa surface renforcée. À proximité, un comptoir Rougier & Plé, spécialiste des beaux-arts et des loisirs créatifs, est attendu dans les prochains mois. 

Selon un membre de l’intersyndicale, cette réorganisation s’inscrit dans un schéma plus large : « La SGM rétrocède environ 60 % des surfaces à Brookfield, en contrepartie d’une indemnité d’environ 15 millions d’euros destinée à soutenir l’exploitation. » De son côté, le propriétaire canadien prévoit d’investir près de 120 millions d’euros pour rénover le bâtiment en profondeur. 

Des travaux qui virent au cauchemar 

Cette réorganisation intervient toutefois dans un contexte particulièrement dégradé. Selon plusieurs sources internes, le chiffre d'affaires du BHV Rivoli serait tombé aux alentours de 10 millions d'euros (avant c'était son bénéfice !) tandis que la fréquentation aurait reculé de près de 40 % au premier trimestre 2026 par rapport à la même période de l'an dernier. « Aujourd'hui, le chiffre d'affaires quotidien oscille entre 25 000 et 40 000 euros. À l'époque des Galeries Lafayette, un dimanche pouvait générer à lui seul près d'un million d'euros de ventes », affirme un représentant de l’intersyndicale. Cette chute de l'activité alimente les inquiétudes des salariés quant à l'avenir du magasin et à la capacité du plan de relance à inverser durablement la tendance. Face aux critiques, Frédéric Merlin appelle à la patience. « Laissez-nous construire », répète-t-il régulièrement sur les réseaux sociaux. Le dirigeant donne désormais rendez-vous à l'automne pour juger des premiers résultats concrets de la nouvelle stratégie. 

Changement de cap au sous-sol 

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hypnotik
La structure du stand Hypnotik est toujours en place, mais entièrement vidée de ses produits.

Au rayon bricolage, dont la surface a été ramenée à 2 800 m², la direction affirme toujours vouloir appliquer la règle du « 20/80 ». Dans les faits, les nouveautés restent rares. La seule nouvelle marque apparue récemment est Scotch, spécialiste des rubans adhésifs (3M). Pour le reste, de nombreux rayons présentent des stocks clairsemés. La question du réassort demeure donc centrale. Karl-Stéphane Cottendin, directeur de l’enseigne BHV, assure pourtant que le rayon bricolage reste LA priorité et promet un investissement de 700 000 euros pour reconstituer les stocks lorsque la situation financière le permettra. 

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stock
La direction a annoncé un réassort des stocks dans le rayon quincaillerie-bricolage, représentant un investissement de 700 000 euros, dès que possible.

À côté du bricolage, le sous-sol poursuit sa réorientation vers l'univers de la maison. L'enseigne néerlandaise Brabantia, spécialisée dans les équipements domestiques, a ainsi quitté le troisième étage pour s'y installer dans un espace dédié. Le projet d'implantation du primeur de proximité Cerise et Potiron a finalement été écarté. La nouvelle affectation de cette surface n'a pas encore été dévoilée aux représentants du personnel, qui indiquent que son exploitation relèvera directement de Brookfield. 

Salariés en détresse 

Dans ce contexte, l'inquiétude gagne les équipes, qui s'interrogent sur la viabilité du projet à moyen terme. Avec la dégradation continue de l'activité, une question revient désormais avec insistance parmi les salariés : combien de temps la SGM sera-t-elle en mesure d'assumer le paiement des salaires ? « À ce rythme, nous risquons de nous retrouver avec un effectif trop important par rapport à la surface réellement exploitée », alerte un élu de l'intersyndicale. Le BHV compte encore près de 700 salariés, après avoir déjà perdu près de la moitié de ses effectifs en seulement deux ans. Les organisations syndicales décrivent un climat social de plus en plus tendu. « Beaucoup de salariés sont en grande difficulté et nous n'avons jamais ressenti un tel mal-être au sein du magasin », affirme l'intersyndicale. Cette dernière redoute une réduction progressive des effectifs et réclame, le cas échéant, un véritable plan de sauvegarde de l'emploi plutôt qu'un « plan social déguisé ». 

 

 

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