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Franchise, stratégie prix, concept... les confidences d'Hervé Onfray, DGA de Teract (Gamm vert, Jardiland Delbard etc.)

, mis à jour le 14/03/2026 à 14h52
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On a fêté le premier anniversaire de Hervé Onfray comme DGA de Teract en l’invitant à répondre à nos 50 questions ! Alors que le groupe se concentre sur ses activités Jardin et sur la franchise, Hervé Onfray fait le point sur les positionnements de chaque enseigne, les évolutions de concept, l’appétit du e-commerce, celui de la centrale pour alier et sa volonté de faire baisser les prix de 1,5 point d’indice par an‚!

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Des concurrents tous azimuts

Zepros : Teract vient d’annoncer un premier semestre 2025-2026 avec une baisse assez forte tant en centrale que dans le réseau, comment l’expliquez-vous ? 

HERVÉ ONFRAY : Notre premier semestre, je le rappelle, correspond au deuxième semestre de l’année civile. Il s’agit donc de la saison la plus creuse pour le jardin et particulièrement en 2025. En effet, si l’année avait bien commencé, les mois de juillet et août ont été très mauvais. Puis, après un redémarrage positif en septembre, octobre, novembre, nous avons terminé sur un mois de décembre mitigé, plutôt bon sur la partie Noël et plutôt décevant sur le reste. Bref, nous avons eu trois mois corrects, ce qui explique cette relative contre-performance, car sur l’année complète nous sommes au-dessus du marché. 

Zepros : comment analysez-vous le marché du jardin, vous qui d’ailleurs venez du bricolage. Êtes-vous optimiste ? 

HO :  Ce marché est en baisse depuis 4 ans, sans doute en dessous de 2019, la référence avant Covid, et cela ne se retourne pas. Par ailleurs, des études notent une baisse tendancielle sur 10 ans de la consommation des végétaux. Et ça, c’est quand même un sujet d’inquiétude ! Pour être optimiste il faut donner des raisons d’acheter des végétaux à un public qui ne considère pas cela comme un produit essentiel et qui peut être découragé si le végétal meurt. Cette notion d’entretien est très « inhibitoire ». Donc, nous devons aider les consommateurs, leur donner des conseils, les encourager à se lancer, et lever certains freins comme le prix, par exemple. 

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Zepros : Un marché difficile donc, mais pour tout le monde. Comment jugez-vous l’univers concurrentiel ? 

HO : Comme le produit jardin n’est pas jugé essentiel, le client l’achètera mais pas à n’importe quel prix… idem pour l’animalerie. Et là nous sommes en concurrence avec tout le monde : les arrivages chez les discounters alimentaires, les ventes directes des horticulteurs, les ventes sauvages de plantes et de fleurs dans les gymnases et les concessions automobiles, ça existe !, le web qui se développe en végétal. Côté animalerie, nous sommes en frontal avec les spécialistes, les GSA bien sûr, sans parler des pure-players très actifs notamment sur le petfood. Enfin, nos principaux concurrents sur le manufacturé restent les GSB, discounters et GSA. 

Zepros Les discounters type Lidl et les GSA pèsent-ils autant que cela en matière de végétal ? 

HO : Oui, surtout pendant les fêtes (Toussaint, Noël…) avec des arrivages massifs. 

Zepros : comment se structure votre chiffre d’affaires ? 

Hervé Onfray : En moyenne dans nos enseignes, le végétal représente 35 %, l’animalerie environ 25-30 %, et toute la partie manufacturée, jardin, plein air, art de vivre… un autre gros 30 %. Puis vous avez les rayons produits du terroir dont le poids varie selon les enseignes… environ 10 % chez Gamm Vert et moins de 5 % chez Jardiland. 

Zepros : un marché en baisse, une mauvaise météo, des concurrents 360°… le tableau est sombre. 

HO : oui, et cela explique d’ailleurs la fermeture de 55 jardineries en France en 2024 et entre 25 et 30 sur 2025, je pense. Le marché est amené à se restructurer, c’est logique… 

Zepros : mais existe-t-il des points positifs ? 

HO : oui bien sûr ! Un exemple : les 15 premiers jours de février 2026 ont été les plus pluvieux depuis 1959, mais quand il a fait beau pendant une semaine, juste après, nous avons enregistré des croissances à deux chiffres, quatre jours d’affilée : des +20 ; +30 %. C’est la magie du jardin. Et on peut dynamiser les ventes avec des opérations commerciales ! Autre point positif : le marché de la jardinerie de proximité reste très résilient. Gamm Vert, par exemple, c’est 1 à 2 points de mieux que le marché chaque année. 

Zepros : Le format idéal serait donc une petite jardinerie de campagne ? 

HO : non, mais il est vrai que le format est très important aujourd’hui. Plus vous êtes gros, plus vous souffrez, un peu comme dans l’alimentaire. Pourquoi ? Parce qu’il faut porter beaucoup de charges, beaucoup de stock sur les grandes surfaces. Sur un marché saisonnier comme le nôtre, le stock vit pendant 4-5 mois, puis redevient mort le reste du temps. C’est le syndrome du marché de Noël, qu’on installe et qu’on remballe ! 

"Nous déployons le concept Gamm Vert Village qui est validé et qui fonctionne très, très bien avec une croissance à deux chiffres sur un format de proximité de moins de 1000 m²"

Zepros : dans vos chiffres récents on a noté un résultat net négatif. À quoi l’attribuez-vous et quelles sont les solutions mises en œuvre ? 

HO : Notre sujet, c’est de nous réorganiser pour nous adapter au marché et traiter nos foyers de pertes. Nous avons arrêté ou cédé certaines activités. Côté Gamm Vert, nous avons basculé en franchise presque tous nos magasins intégrés et n’en aurons plus dans le courant de l’année car ils auront été repris soit par des coopératives, soit par des indépendants. 

Zepros : est-ce qu’il existe des foyers de pertes dans les 108 intégrés Jardiland ? 

HO : Non, les intégrés Jardiland, ont un EBITDA positif. Dans le détail, plus de 85 % sont positifs et il y en a sur lesquels on a besoin de réinvestir pour les redynamiser. Nous avons donc lancé un grand programme de réinvestissement. On a commencé par un POC, comme on dit (Proof of concept), un premier test d’investissement à moindre frais dans le magasin de Saran : un remodeling complet, à la fois dans le parcours client, dans le redimensionnement des catégories produit. Nous avons redonné un coup de neuf au magasin et on a réussi à repartir en croissance à deux chiffres dans les trois mois de la réimplantation. Une progression qui se maintient y compris sur tous les mois difficiles qu’on a pu vivre. Dès lors, sur notre année agricole 25-26, nous avons prévu 5 remodelings, voire plus ! 

Zepros : quels sont ces magasins ? 

HO : Dijon Chenove, Claye-Souilly, Le Mans, Montpellier Lattes et Avranches, où j’étais d’ailleurs hier. On a redimensionné l’animalerie et je peux vous annoncer que nous sommes à +30 % en février avec l’animalerie à +15 %. On cartonne ! Autre exemple, nous réimplantons une gamme semences avec notre marque propre et Vilmorin et le démarrage est hallucinant. Nous sommes sur une croissance à deux chiffres sur janvier et février sur les semences. 

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lav toutou- jardiland

 

Zepros : quel est le concept arrêté qui cartonne autant ? 

HO : C’est le concept actuel mais optimisé Il n’est pas nouveau mais ces magasins n’avaient pas été modernisés Je rappelle que le principe est de rentrer par la serre chaude avec l’animalerie à gauche, l’art de vivre à droite ; derrière, vous avez le marché aux fleurs, la pépinière, et quand vous revenez dans le parcours client vous avez le « manuf », les semences, etc. Et enfin, en dernier, les produits du terroir. On a revu la partie Terroir, le corner alimentaire sur 65 à 100 m², et ça fonctionne. Par ailleurs, nous avons remis systématiquement des services comme le « Lav’Toutou », qui attirent du flux client, lequel repart avec des friandises pour chien ou des accessoires. 

Zepros : Et chez Gamm Vert, ou en êtes-vous des concepts sur une base de magasin très large et hétéroclite ? 

HO : D’abord, nous déployons le concept Gamm Vert Village qui est validé et qui fonctionne très, très bien avec une croissance à deux chiffres sur un format de proximité de moins de 1000 m² où là, on a tout réécrit, avec 3000 référence minimum qui peut aller jusqu'à 5000 selon la taille. Un Gamm vert Village, c'est vraiment une optimisation des familles, une ILV percutante, gondole haute en périphérie, gondole basse au milieu, une visibilité totale du magasin et de sa segmentation. Ce principe rend le parcours client très simple sur un format de proximité, avec une offre « ultra processée » et une très forte dominante de marques propres, ce qui nous permet aussi d'avoir un gain de marge sur ces formats très forts. Sans oublier une partie végétale qui est en général un peu courte mais très optimisée, et un coin produit du terroir qui rattache aux agriculteurs locaux. 

Zepros : quelles sont vos ambitions de déploiement de ces Gamm vert Village optimisés ?

 HO : Aujourd'hui 55 magasins sont au nouveau concept et nous comptons en passer 50 par an pour couvrir les 300 formats de proximité qui existent 

 

La supply chain donne l’accès à la massification.  Le jardin est en retard sur le bricolage sur cette question. (...) aujourd'hui, les flux transitant par nos plateformes sont vraiment  minoritaires par rapport aux flux directs. 

Zepros : Quid de Delbard et des Jardineries du terroir, qui sont environ 240 magasins. Quel est l'avenir de ces magasins ? 

HO : Ce sont des enseignes très importantes qui complètent notre offre de franchise car les intégrés Jardiland mis à part, nous sommes le premier groupe de franchise national avec cette offre d’enseignes qui ont chacune leur positionnement. Gamm Vert c’est l'autoproduction, faire soi-même : son potager, son poulailler, etc.. Jardiland, c’est la jardinerie d'attraction pour « cultiver votre bien-être » , très végétal, plus féminin dans la clientèle, un peu plus animalerie. Delbard représente le design végétal, l’expertise, sans être élitiste. C'est une très belle marque d’ailleurs à laquelle les clients sont très attachés et qui peut intéresser de grands noms de la jardinerie locale. Reste la partie affiliée, Jardinerie du Terroir qui est en fait un label qui nous permet de consolider des affiliés indépendants qui veulent garder leur liberté d'action, 

 

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Zepros : D’ Intermarché à Weldom en passant par Mr Bricolage que vous connaissez bien, ces clubs d’affiliés se développent à tout crin. Quid des Jardineries du Terroir ? 

HO : Nous aussi nous développons fortement l'affiliation avec des indépendants. Ces dernières semaines nous en avons rentré 5 de plus ces indépendants nous rejoignent pour acheter avec nous, et leur profil peut être de tout type : la petite jardinerie de proximité, l'expert mais qui veut rester autonome, la grosse jardinerie qui veut être indépendante, ou j'ai le cas aussi de petites jardineries type Motoculture Cévenol qui nous rejoint pour uniquement le végétal. 

Zepros : Quel est le premier argument pour recruter des affiliés ou des franchisés après celui des achats ? 

HO : Le marché est difficile et ces indépendants se rendent compte de tout l'intérêt d'avoir un franchiseur qui apporte d'autres services que le seul achat…. sur le digital par exemple ou encore la trésorerie qui passe par un appui logistique fort. Chez nous, cinq plateformes majeures quadrillent toute la France et nous permettent de livrer en petite quantité chacune des références, notamment marque propre et plein air, etc. C’est du stock en moins à porter pour les magasins et donc de la trésorerie en plus. Par ailleurs, nous disposons de notre propre bureau de sourcing en Asie, ce qui est quand même très rare sur le marché de la jardinerie, plus fréquent dans le bricolage. Ce bureau alimente, par exemple tout ce qui est plein air, manufacturé, produits à batterie, etc. Et bien sûr, nous apportons tous les services de construction d’offre, d'expertise métier, d'implantation, de merchandising, financiers. Tenez, là nous aidons nos franchisés à basculer sur la facturation électronique. 

Zepros : Avec tous ces indépendants et ces franchisés, où en est votre niveau d’adhésion à la centrale d’achat ? 

HO : Le niveau est bon mais je pense qu’on peut gagner 5 à 10 points d'alignement, notamment sur Gamm Vert. Pour le reste, notre contrat de franchise prévoit 80 % d’achats mutualisés minimum. Grosso modo, on y est mais la question est de savoir comment améliorer cela. Demain, nous mettrons peut-être en place des incentives comme cela existe ailleurs. Mais tous nos franchisés jouent vraiment bien le jeu, même si c’est plus fort historiquement chez Jardiland. 

Zepros : Quid des massifications sur les produits d’import ? 

HO : C’est déjà le cas sur Jardiland, Gamm Vert et Delbard qui suivent déjà nos produits d’import ! Là, c’est le recrutement de nouveaux magasins qui nous permettra de peser plus. Et cela passe par les Jardineries du Terroir. Voilà pourquoi recruter des affiliés, dont certains deviendront des franchisés demain, est à ce point stratégique,. Mais tout cela doit aussi passer par une adhésion aux plateformes. 

Zepros : En quoi vos plateformes sont-elles essentielles ? 

HO : Pour que la massification soit efficace, elle doit être accessible par la petite jardinerie de quartier où, aujourd'hui, elle se retrouve face à des franco, des PCB (par combien), des conditions d'approvisionnement par les fournisseurs directs qui sont inatteignables pour des petites jardineries. Et là, c'est la supply chain qui donne l’accès à cette massification. Mais aujourd'hui, les flux transitant par nos plateformes sont vraiment grandement minoritaires par rapport aux flux directs. Je crois que c'est une question de maturité du marché. Le jardin est en retard sur le bricolage sur cette question. Les Weldom, Bricomarché ont développé des flux plateformes importants pour massifier. C'est une vraie stratégie nationale pour toutes nos enseignes de suivre cette voie. 

Zepros : Pour massifier, peut-on passer des alliances avec des concurrents ? 

HO : Il est de notoriété publique qu'on a une alliance aux achats avec Sevea (Villaverde) que nous avons renforcée cette année, ce qui veut dire que c'est un partenariat qui fonctionne bien. J'ai connu des affiliations moins heureuses ou moins (sourires). Bien évidemment, nous sommes ouverts à d’autres discussions, d’autres partenariats ! 

Zepros : Je me souviens d’une centrale appelée Armonie commune entre Gamm Vert et Apex… Est-ce envisageable, avec Apex ou d’autres groupements d’ailleurs ?

HO : S’il y a un jour des synergies d'achats qui peuvent se faire avec d'autres groupements, on les fera. Il n'y a pas de zone interdite. Mais il faut que les planètes s’alignent et que toutes les parties aient le même objectif, la même envie … Mais si ça arrive vous serez le premier informé (rires). 

 

"Il faut regagner 1,5 point d’indice prix par an pendant au moins 3 ans."

Zepros : De tous les secteurs, végétal, déco, manufacturé, animalerie, quel est votre secteur privilégié ? 

HO : Notre cœur de métier, c'est le végétal. C'est cela qu'il faut que l’on renforce et sur lequel nous devons être meilleurs encore. Gamm Vert est numéro 1 de la jardinerie, au global en Chiffre d’Affaires et en nombre de magasins. Il faut qu'on soit les meilleurs sur notre cœur de métier et le cœur de métier c'est le végétal. Serre chaude, marché aux fleurs, végétaux d'extérieur, pépinières. A l’inverse tout le monde fait de la déco. Leroy Merlin, Gifi, Centrakor, etc. Sur le prix, avec eux, ce n’est pas la peine de se battre mais nous avons développé une expertise de la déco en lien avec notre métier du Jardin et ce chiffre croît chez nous. Mais l’axe prioritaire N°1 reste le végétal.

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gamm vert

Zepros : Toutes les études montrent que le prix est capital aux yeux des consommateurs, que faites-vous pour ne pas être trop chers ? 

HO : Le prix est un axe majeur de notre stratégie. Comment regagner 1,5 point d’indice prix chaque année ? Parce que dans toutes mes études d'image, c'est vrai pour Jardiland, c'est vrai pour Gamm Vert, il y avait une perception de cherté. Nous devons être plus accessible. 

Zepros : Cette perception de cherté est-elle avérée ? 

HO : La réalité du prix, c'est qu’on est parfois 3 à 4 points au-dessus du meilleur des concurrents GSB/GSA/Jardinerie selon les zones de chalandise Jardiland ou Gamm Vert. Et quand je dis les concurrents, là, je prends tout le monde. Voilà pourquoi il faut regagner 1,5 point d’indice prix par an pendant au moins 3 ans. Par ailleurs, sur Jardiland, on a fait plus de 500 baisses de prix en septembre-octobre, en communiquant fortement en magasin et via SMS, e-mails, etc. Sur Gamm Vert aussi, c’est la première fois qu'on lance une campagne nationale en février pour dire qu'on baisse nos prix sur 300 produits clés en alignant toutes les coopératives. C'est quand même une belle perf ! 

Zepros : Quelle est votre stratégie en termes de marques propres ? On se souvient que Teract les a lancées un peu dans l’esprit Décathlon avec des innovations et des produits exclusifs attachés à l’usage ? 

HO : Oui c’est vrai, nous étions partis beaucoup sur l'innovation et ça a fonctionné avec plus de 25% du CA réalisé par les Marques propres en 3 ans. Aujourd’hui nous nous recentrons sur la stratégie « -20, +10 ». Nous devons être 20 % moins cher qu'une marque nationale avec 10 points de rentabilité de plus pour nos marques propres. Et 20 % moins cher, c’est un minimum ! Sur certains produits nous sommes à -30 % comme l’animalerie. Sur les positionnements prix, on est plutôt pas mal, pour affronter certains produits de grandes marques, travaillés à marge quasi nulle 

Zepros : Exit donc la stratégie innovation ? 

HO : Non, mais il s’agit de travailler l'innovation en co-développement avec des fabricants. Il faut ouvrir nos chakras à ce qu’ils nous proposent et plutôt en co-développement avec des industriels dont c'est le métier. C'est aussi vrai d'ailleurs en végétal, où des horticulteurs nous ont présenté au Live Expos des variétés originales et uniques de cyclamens. Face à une innovation, il faut que notre responsable de gamme puisse dire « génial, je la prends et j'en veux l'exclusivité ». Je repense aussi au co-développement avec EDA sur un pot ECLOZ « l’Autonome » avec réserve d’eau. Des innovations, nous en aurons donc mais nous n’avons pas vocation à être un industriel. 

Zepros : Leroy Merlin va plus loin encore avec Essential pour une marque propre « discount ». Pourriez-vous faire cela ? 

HO : Nous le faisons avec notre Marque Economique que nous développons et qui s’appelle comme ça d’ailleurs ! Sans transiger sur la qualité, elle est un peu notre marque Repères à nous qui propose toute une gamme de prix accessibles, donc de premiers prix sur l'alimentation animale, le terreau, tous nos gros best-sellers, soit 100 références en tout. L’idée est de donner vraiment un angle d'achat prix aux clients et répondre à la guerre des prix, notamment sur l'animalerie. Certains concurrents vendent des produits « à la planche » et réintègre les marges arrières, les NIP (coupons, ponts de fidélité ) etc. Nous, on ne veut pas alimenter la guerre des prix. Ce n'est pas l'ADN des Coop qui veulent un retail directement rentable. Mais elles sont aussi très motrices sur le positionnement au juste prix. Le végétal c’est très beau, les plantes sont des produits nobles, il y a la passion du jardin … tout ça c’est vrai mais on a besoin d’être accessible et compétitif !

 Zepros : Est-ce que c’est votre arrivée qui a déclenché cette prise de conscience du prix ? 

HO :  non pas du tout ! Teract avait déjà pris la mesure, avant que j'arrive, du sujet, et a développé ses marques propres, la marque économique pour répondre aux premiers quartiles. Moi j’ai juste poussé cela et aidé à développer la culture pricing chez Teract, pour conseiller franchisés et coopératives sur leur positionnement prix dans leur région. Puis on a posé la stratégie d’investissement des 1,5 points minimum de gains d'indices prix chaque année pour les 3 prochaines années. 

Zepros Est-ce qu’il existe un objectif de part de MDD chez Teract ? 

HO : L’objectif dépend des catégories de produits... entre 30 et 40%. Il faut que la MDD ait une raison d’être et apporte quelque chose au marché. Est-ce que j'ai besoin de développer un nettoyeur haute pression en marque propre? Pas forcément si on ne fait pas assez de volume pour se dire qu'il y a un intérêt en marque propre. C'est bien évidemment sur tes 20/80 que joue la marque propre. Aujourd'hui, on est plutôt sur une trajectoire à 30-35%. Il n'y a pas de dogme sur le 40%. Je pense qu'un tiers du chiffre avec les marques propres, c'est déjà très bien 

 

"(Pour le e-commerce) Nous avons complètement le business model pour nos franchisés,  (...) les magasins, reçoivent une rémunération sur les ventes en ligne réalisées par des clients de leur zone de chalandise."

Zepros habitat : Pouvez-vous refaire le point sur votre stratégie e-commerce ? 

HO : Accompagné de la digital factory d’InVivo, nous avons a totalement reconstruit en 2023 la plateforme technique du groupe et des enseignes jardiland.com et gammvert.fr . En 2024, on a lancé la Marketplace. Et depuis, nous enregistrons d’énormes progressions sur les deux sites. Aujourd’hui, le digital pèse entre 2 et 5 % du CA par magasin avec 20 % sur certaines catégories comme le plein air ! Notre trajectoire va vers une cible de 10 % du CA du magasin en ligne. Sur les derniers mois on réalise des progressions entre + 40 et + 70 % 

Zepros : quelle est la part de la vente du site e-commerce et de la marketplace ? 

HO : La marketplace aujourd'hui, c'est près de la moitié du chiffre d'affaires web avec 320 vendeurs, dont des partenaires spécialistes du végétal comme Promesses de Fleurs qui vend chez nous certains produits en exclusivité Les équipes font un travail remarquable pour développer ça. 

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Hervé Onfray JAF

Zepros : quels sont les freins rencontrés par une grande enseigne de jardineries quand elle lance une marketplace ? Leroy Merlin s’est fixé des limites : ne pas vendre de produits exotiques par exemple ! 

HO : La marketplace s’inscrit dans notre politique d’offre responsable liée à notre statut de société à mission qui cadre nos cahiers des charges.. Nous effectuons aussi un tri sévère : déjà il faut faire attention à ce ce qu'on n'a pas le droit de vendre comme par exemple des espèces invasives. Ensuite, le référencement de nos vendeurs tiers doit se faire dans le respect de notre stratégie Offre au global, en parfait alignement avec les équipes achats : l’offre marketplace venant enrichir notre offre magasins et e-commerce en propre. On a déjà refusé certains fournisseurs parce qu'ils ne nous garantissaient pas tout ce qu'on voulait. 

Zepros Habitat : et la bonne surprise des marketplaces hormis le volume d’affaires ? 

HO : C 'est un accélérateur formidable de e-commerce, de visibilité sur le digital de référencement dans les moteurs Google ou autres, demain dans le cadre de notre stratégie SEO / GEO (, Generative Engine Optimization ) comme on dit, dans une perspective de commerce agentique (agents IA). Et donc, on a un vrai levier de développement. Maintenant, le premier sujet, c'était d'embarquer avec nous tout un écosystème franchisé.

 Zepros Habitat : comment les franchisés s’y retrouvent dans vos ventes en ligne ? 

HO : Nous avons complètement revu en 2025 le business model pour nos franchisés, dans le but de les embarquer dans cette stratégie digitale : ainsi, sur tout ce qui est livré à domicile par nos soins, ou tout ce qui est livré en marketplace par les vendeurs tiers, les magasins, reçoivent une rémunération sur les ventes réalisées sur leur zone de chalandise. 

Zepros : Intéressant mais comment les magasins accueillent-ils désormais l’offre web ? 

HO : Quand on parle d’omnicanalité il faut en effet commencer par expliquer au magasin qu’il est un acteur du digital. Nos équipes vont sur les points de vente pour les « acculturer au digital » en leur expliquant que le site web c'est l'extension du magasin et que face à un client, le vendeur qui n’a pas le produit en stock, ni en référencement doit proposer tout de suite la trajectoire web, avec par exemple le paiement SMS ALMA en trois fois sans frais, etc, et que dans ce cas il récupérera la commission sur son magasin. C’est ça la culture omnicanale ! Des coopératives comme JL28 (Scael) ont d’ailleurs mis des bornes digitales en magasin. Pas pour le client, mais pour que le vendeur accompagne le client sur le site internet pour faire la vente en magasin. 

Zepros : à combien s’élève le chiffre d’affaires ou volume d’affaires digital ? 

HO : On ne donne pas les chiffres, mais aujourd'hui, chacun des sites (Jardiland.com et Gammvert.fr) dépasse de loin notre plus gros magasin ça c'est sûr, 

Zepros Quelle a été votre principale mission cette première année chez Teract ? 

HO : Nous avons fait beaucoup de choses mais la plus importante a été de (re)tisser une relation entre le siège et les franchisés, différente, peut-être moins directive, plus dans la coopération et la synergie. Je crois pouvoir dire qu’aujourd’hui, nous travaillons main dans la main avec les Coopératives et les franchisés Jardiland avec les comités d'enseignes Gamm vert et Jardiland. Nous avons organisé une convention Gamm vert en janvier, la première depuis 2024, co-construite avec les franchisés et ce fut un grand moment d’échanges et de synergies. Par ailleurs, en février, nous avons aussi organisé une convention Jardiland avec nos franchisés : c’était parait-il la première fois en cinq ans que tous se retrouvaient. Hormis retisser ces liens nous avons enclenché d’autres actions : accéléré sur le digital qui est un point de force pour nous, et remis à plat la trajectoire de l’IT. Oui ce sont des domaines barbares ces ERP, PIM, DAM, RCU, (référentiel client unique), etc mais parvenir à agréger la data qui vient du site internet, du SAV, de la relation client, du service client et des magasins, c’est capital surtout avec autant d’acteurs différents et autonomes.

 

"Nous sommes le seul franchiseur d’envergure nationale sur la jardinerie animalerie et je dirais aux investisseurs intéressés qu’ils regardent tous les prix que nous avons reçus"

 Zepros : En termes de marque employeur , donnez-moi une bonne raison de venir bosser chez vous ! 

HO : C'est un sujet majeur. Pour vous convaincre de nous rejoindre, je vous dirais d’abord que Teract est le numéro 1 de la jardinerie en France et que nous avons parmi les plus belles enseignes, en tout cas les deux marques les plus connues du marché. Nous sommes aussi un acteur responsable de la distribution jardinerie-animalerie, une société à mission depuis décembre 2023. On a une raison d'être « agir pour que chacun accède aux bienfaits de la nature ». Nous avons des métiers passion avec le végétal , l’animal , l’alimentaire, la déco. On s’implique avec la semaine du jardinage pour les écoles, la semaine des fleurs pour les abeilles, ou la cause du hérisson en partenariat avec France Nature Environnement. Pour ceux qui aiment la nature mais aussi les nouvelles technos, je leur dis que nous sommes les plus avancés du secteur en digital aujourd'hui. Enfin on peut évoluer dans toute la France dans notre réseau et se former en continu avec notre organisme de formation Campus Nature et Talents ! 

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Jardin fleur

Zepros : Le salon de la Franchise approche, vous y serez , quel serait l’argument ultime pour vanter vos réseaux auprès des investisseurs ? 

HERVÉ ONFRAY : Comme je vous l’ai dit nous sommes le seul franchiseur d’envergure nationale sur la jardinerie animalerie et je dirais aux investisseurs intéressés qu’ils regardent tous les prix que nous avons reçus : Gamm Vert et Jardiland dans le Top 10 des franchises en France tous secteurs confondus (sur 500 marques franchisées) , les Awards, le prix Vasano des meilleures notes google/avis client, des NPS à 75 %, et le palmarès LesEchos-HCG de la meilleure relation clients, etc… Tout cela ne doit rien au hasard ! 

Zepros : Il existe plusieurs théories sur l’évolution du marché du jardin pour les 10 ans à venir. Laquelle choisissez-vous ? - Le Jardin, c'est du saisonnier, il ne faut ouvrir qu’en saison ! - Deuxième théorie : il faut construire de grandes jardineries en périphérie des villes avec pépinière et des city jardineries en ville avec animalerie. - Troisième théorie : pour amortir les charges et la saisonnalité : rapprochons les Gamm Vert des Mr Bricolage comme Lur Berri . De laquelle vous sentez-vous proches 

HO : L’optique de complémentarité magasins de bricolage et jardinerie , je suis plutôt d’accord . Le meilleur exemple est en effet Lur Berri, la coopérative qui a des Gamm verts collées à des Mr Bricolage Et je connais d’ailleurs d’autres magasins de bricolage qui se posent actuellement la question de reprendre des jardineries indépendantes ou des Gamm Vert . Donc il y a une complémentarité, c'est sûr La théorie qui consiste à accepter la saisonnalité du marché quitte à réduire la voilure hors saison… au point même de fermer je n’y crois pas , ce serait la mort assurée . Et puis si la jardinerie est saisonnière, l’animalerie, elle, ne l’est pas, le corner alimentaire, non plus . On vend trop hors saison pour s’en passer. Moi, je pense qu'on n'a pas tiré le fil encore de tous les produits qu'on peut vendre. Il y a énormément d'opportunités sur le marché qui ne sont pas travaillées. Pourquoi la GSB serait-elle plus pertinente en aménagement extérieur, clôture, bois traité ? Pourquoi les jardineries ont-elles un peu abandonné les jeux d'enfants, les portiques, les abris de jardin et tout ça? Il faut aussi creuser tous les services qui sont des leviers pour créer de la récurrence et de la solidité au business model. Dès qu’on a un salon de toilettage pour animaux avec des spécialistes, cela crée une récurrence de trafic très forte. Et les opportunités, autour du produire soi-même, sur les circuits courts, l'économie circulaire, l'alimentation locale et durable ? Sur le lien avec l'animal, qui est l'enfant pour certains, le pet-parenting, a-t-on tout imaginé en termes de services ? 

 

Questions Taboues

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onfray

Zepros : Etes-vous plus Promo Jardin ou jardineries Animaleries de France ? (rires) 

HO : Pourquoi cette question ? 

Zepros : On a l’impression que le torchon brûle entre Promojardin dont les fabricants sont adhérents et la Fédération de la jardinerie dont les distributeurs sont adhérents.

HO : Ecoutez, je m'entends très bien avec Roland Motte, et je n'ai rien contre Promojardin, et je pense qu'il y a un écosystème du jardin qui devrait travailler ensemble vu le contexte la qu'on traverse. Maintenant, je trouve que la Fédération est très dynamique, qu'Emmanuel Marvie comme présidente de la Fédération et Thomas le Rudulier font un travail remarquable pour défendre les intérêts des Jardineries, pour plaider notre cause dans les plus hautes instances et pour rassembler la data du jardin et qu’il est normal que nous en soyons propriétaire. Finalement, on a des fabricants d'un côté, des distributeurs de l'autre. Un peu comme Inoha et la FMB dans le bricolage qui travaillent ensemble.

Zepros : Dans le monde la distri ? Quelle personne pour être votre référence ? 

HERVÉ ONFRAY J’ai de l’admiration pour Dominique Schelcher parce qu'il a toujours eu des positions nuancées. Il ne suit pas la pensée unique. Il mène son propre chemin, développe son enseigne avec une vision stratégique cohérente et le bon sens d’un homme de terrain… et tout ça avec l’esprit coopératif ! Et ça marge car Coopérative U gagne des parts de marché ! 

La question de l’invité surprise Christophe Mistou ( ex DG de Mr Bricolage) Quelle sera la prochaine occasion importante pour toi de planter un arbre en Normandie? 

Hervé Onfray : là, il touche un point sensible… il sait que la dernière fois que j'ai planté un arbre en Normandie, c'était à la mort de mon père. La prochaine occasion sera quand je planterai un pommier pour me lancer dans l’autoproduction de pommes ou de cidre…. ou à l’occasion d’une naissance… qui sait ? Je vous laisse le choix de la réponse

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